Octobre, pour la reprise de la saison musicale, fut un mois contrasté stylistiquement au niveau des concerts. 

Avant Wayne Shorter dont j'ai parlé hier, j'ai assisté en "solo" en l'espace d'une dizaine de jours à trois concerts qui m'ont apporté ce que j'y pensais trouver, une pleine satisfaction d'auditeur et le plaisir de la curiosité, de la découverte...

Le premier soir, avec le Trio d'en bas, pour commencer, est le seul à m'avoir plu moyennement, car possédant un côté déconnant (certes assumé) qui - à mon goût- prenait trop le pas sur la musique. Question d'équilibre ? Dommage car leur morceau de conclusion, joué "classiquement" avec sérieux, a apporté une touche finale sobre et émouvante.

Changement de décor et d'univers pour le deuxième set de cette même soirée avec Old Blind and Deaf musique électronique avec deux musiciens aux ordinateurs, et du chant, sax, trompettes. Une petite heure durant, ce fut une performance électronique, aux accents techno -jungle (ou world parfois) dont le propos était clairement politique, la décolonisation en Algérie. Je me suis finalement surpris à apprécier ce moment, les réactions étant mitigées dans la salle.

La deuxième soirée était de façon prévisible très classique, standards and co avec un trio piano contrebasse batterie, d'excellents musiciens autour de Franck Amsallem qui nous ont proposé deux sets, chaque partie étant moitié instrumentale moitié chantée. Outre des compositions personnelles (exemple, un hommage à Michael Brecker), les chansons se promenaient du côté de George Gershwin, Jerome Kern (The way you look tonight), Hoagy Carmichael,  Cole Porter (I concentrate on you). Une soirée très confortable, comme j'aime les doser homéopatiquement, pleine du plaisir d'écouter des standards inoxydables interprétés avec grand talent par d'excellents musiciens.

Troisième soirée, ce fut le Tom Rainey Trio.

C’était pour moi, dans la série, le grand moment potentiel et le concert le plus attendu.

Je me suis installé devant au milieu. Sur la gauche Mary Halverson, guitare, au centre en retrait, Tom Rainey batterie, et sur la gauche Ingrid Laubrock, saxophones.Place à l’aventure, à la musique improvisée, aux tâtonnements créatifs et aux fulgurances.Très en place et à l’écoute, malgré la fatigue, le trio faisait tourner le « leadership » et les propositions. Beaucoup de liberté dans les couleurs, des moments étrangement calmes, des stridences et des envolées qu’elles soient lentes ou rapides...

Formidable expressivité de Rainey avec un kit minimal : économie de moyens remarquable. Au sax, Laubrock sait tout faire, sur des ambiances chaudes ou plus glaciales. Mary Halvorson met du liant, elle apporte des textures, comme si les notes étaient palpables, elle aussi est capable de la plus grande douceur comme de flèches acérées et violentes, en maîtrisant parfaitement ses pédales d'effets. Quelle jubilation !

A la sortie, j'ai acheté le CD Pool School qui permet aisément de "refaire le voyage" avec ces trois-là : phénoménal !

Si vous aimez être bousculé musicalement, perdre pied, devant des musiciens qui prennent des risques, ne les manquez pas !