Pour en finir avec... le jus de gazon

Parmi les grandes énigmes que la société médiatique nous réserve, il est un exercice redoutable devant lequel la science pourrait fort bien rester à jamais impuissante: « l’interview de sportif après l’effort » appelée aussi jus de gazon. Jugez plutôt en lisant notre version originale sous-titrée:

cas 1 : Le gars ou la fille vient de gagner,

on attend qu’il pète de joie, non non :

« Je ne dois pas m’enflammer de ma victoire et je dois travailler, ce qui

putain c’est super qu’est-ce que je lui ai mis, je suis le (la) meilleur(e)

compte c’est le prochain adversaire, et que j’ai gagné c’est bon pour la

demain je vais niquer ce connard , y pas personne qui peut me battre

la gagne qui me met de la confiance dans moi, mais surtout je dois rester

en ce moment, je vais tous les atomiser, na. Ce soir, on se fait

concentré(e) sur le prochain match qu’il sera dur mais comme j’ai gagné

une petite bière-cassoulet  partie avec les potes. Je rattraperai ça avec

aujourd’hui j’ai de la dynamique et  ça c’est bon à prendre. »

la tisane du docteur et comme ça, je palperai le chèque du sponsor.

cas 2 (option sport d’équipe)

«  Il faut travailler, être sérieux, et bien gérer les efforts et ne pas penser

l’autre fumier il me passe pas le ballon alors pourquoi je vais courir ?

à soi mais à l’équipe, ce qui compte c’est le collectif, le groupe et comme

je vais me casser dans une autre équipe, je toucherai plus et de toute

ça on peut faire rêver les gens. »

manière les supporters je m’en cogne ».

constat 1 &2 :

Bon, ça laisse un peu sceptique toutes ces heures d’entraînement de plein gré avec une victoire pour rien  parce que, si on écoute bien, ce n’est pas important.  L’aveu  est là : c’est peut-être la seule chose dite qui soit vraie ! 

bilan & conclusion :

En passant, il  est frappant de remarquer que la thématique du commentaire utilise l’émotion, notion fugitive s’il en est, alors que le discours préformaté du sportif est celui d’un technico-commercial qui vend une idée ( son « travail ») et tout le temps que ça lui prend, sponsor oblige.

Repensons simplement à la phrase de Coluche «le temps qu’ils passent à courir, ils ne le passent pas à penser», et soulignons que le problème est là : quand on entend ce qu’ils pensent, on se demande bien pourquoi ils arrêtent de courir. 

Voilà pourquoi il  est donc improbable que la science étudie un jour le jus de gazon,  car il faut bien reconnaître que le vide est insondable.